Monteverdi Madrigaux VIII – Concerto Italiano
Les madrigaux de Claudio Monteverdi (1567-1643) constituent un catalogue essentiel dans l’histoire de la musique et représentent l’apogée d’un genre. Dans leur évolution, ils ouvrent cependant la voie à la naissance d’un nouveau genre : l’opéra. Réunis en neuf livres publiés entre 1587 et 1651, le dernier étant posthume, le cycle madrigalesque constitue un voyage fascinant et poétique vers les origines de l’opéra, que le Liceu a initié lors de la saison 2021-2022.
Cinq ans séparent la publication du Sesto Libro de’ Madrigali (1614) et du Concerto. Settimo Libro de’ Madrigali (1619), tous deux appartenant à la période vénitienne de Monteverdi. Cependant, le Settimo Libro marque une rupture décisive avec la tradition précédente. Le titre même, Concerto, renvoie à l’union d’éléments hétérogènes et annonce une nouvelle conception formelle et expressive.
Pour la première fois, Monteverdi abandonne la formation fixe à cinq voix et opte pour une combinaison variée de formations – notamment des duos – ainsi que pour d’autres « genres de chant » tels que des airs, des canzonettes, des pièces en stile rappresentativo et un ballo. Toutes ces œuvres sont accompagnées du basso continuo, ici enrichi d’une écriture instrumentale plus élaborée, répartie en deux ensembles différenciés par la tessiture.
Cette transformation ne répond pas seulement à des exigences de marché, mais résulte d’une évolution plus profonde du langage musical. Le livre s’ouvre sur une préface programmatique qui invite l’auditeur à un voyage à travers les émotions humaines. La voix individuelle gagne en importance et la relation entre musique et texte s’intensifie jusqu’à atteindre une véritable dimension dramatique.
Dans l’interprétation de Rinaldo Alessandrini à la tête du Concerto Italiano, cette vision se déploie avec clarté et sensibilité, grâce à une lecture raffinée, expressive et profondément fidèle à l’esprit monteverdien. Le Settimo Libro apparaît ainsi comme une œuvre qui touche directement et place l’auditeur au centre de l’expérience émotionnelle.